*Errance intérieure
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Lyazid Chibout, en élève appliqué, laisse libre cours à son fertile talent et taille sur mesure une œuvre aux allures d'une rêverie ou d'un hommage vibrant à la parole libérée.
Il est des audaces esthétiques qui déroutent et enchantent à la fois. Traduire un silence, premier roman d'Iris, nom de plume de Mohand-Lyazid Chibout, à paraître bientôt en France et en Algérie aux éditions Sefraber, emprunte les chemins d'une errance intérieure. En toile de fond, une histoire poignante d'un amour impossible. Kahina et Yuba étrennent une marche au pas de loup vers un bonheur inavoué. Les chemins y sont sablonneux. Sauf que le jeu en vaut la chandelle. Le flot de paroles intérieures succède aux lambeaux de pensées en suspens. L'interdit des gestes trouve sa grâce dans la permissivité de la parole.
En observateur attentif, Lyazid Chibout se glisse dans les pensées de ses personnages et signe un texte introspectif et profondément psychologique, saisissant les détails insignifiants qui accordent leur valeur aux choses. « C'est une vie éphémère dans une existence terne, un amour platonique et d'une sensibilité sans nom qui a le mérite d'intriguer et on se surprend à chercher le fin mot de l'histoire », résume-t-il doctement. Son écriture ? L'auteur conjugue son style au rythme haletant d'un lyrisme enfiévré. Une parole, un geste, des scènes anodines deviennent, sous la plume du jeune auteur, des instants profonds et atemporels, longs déploiements de leur vie, de leurs angoisses, de leur destin.
De 286 pages du roman, la nostalgie exsude aussi comme des perles de rosée à travers les rues sombres et moroses d'Alger et les paysages panoramiques de sa Kabylie natale. Des instantanés de « refuge » et de « repos ». Dans ce roman foisonnant, Lyazid Chibout nous fait part, à travers ses personnages, des possibilités de surmonter le silence. Chacun d'entre eux, dans son contexte particulier, cherche un sens à sa vie et au monde. Si différents les uns des autres, les personnages sont tous attachants, les caractères décrits avec précision et finesse, les ressorts psychologiques et psychiques analysés en profondeur. Lyazid Chibout, en élève appliqué, laisse libre cours à son fertile talent, et taille sur mesure une œuvre aux allures d'une rêverie ou d'un hommage vibrant à la parole libérée. Tendre et presque parabolique par instants, Traduire un silence captive et intrigue. Ce n'est pas un roman facile, il faut le lire d'une traite pour ne pas perdre le fil. D'où, d'ailleurs, le recours à une voix intérieure, celle d'un « je » personnalisé, afin de pouvoir entraîner « le lecteur sur une pente raide, plaisante, captivante et obnubilée à la fois ».
Après quelques années vouées au journalisme et à l'enseignement de la langue de Molière, Lyazid Chibout s'est trouvé contraint de quitter son pays dans l'espoir de publier ses textes. En France, il a décroché un master de lettres modernes à la Sorbonne. L'enfant de Chemini, un bourg fier dans la région de Béjaïa, n'est qu'à ses débuts. Des surprises ? Affirmatif ! Deux autres romans, tissés et cardés du même verbe scrutateur : "Amoureux-nés", signé avec les éditions www.edilivre.com, est en phase de finalisation et "La Finitude" est en chantier. Que de belles promesses de la vie !
"Traduire un silence", Iris, Sefraber éditions, 286 pages.
H. L. in "http://www.elwatan.com" du 19 janv. 2010.
**La lucide traversée du miroir !
Sur les étals foisonnants de la littérature, les bonnes surprises arrivent là d’où on ne les attendait guère ; c’est dire qu’un bon roman n’est pas forcément l’apanage d’un nom illustre ! Et si quelques esprits chagrins désespèrent de la qualité de la plume algérienne, ils n’ont qu’à guetter « Traduire un silence » : premier roman d’Iris, nom de plume de Mohand-Lyazid Chibout, qui paraîtra bientôt en France à la Société des Éditions Franco-Berbère (Sefraber). Quelle écriture, quelle prose ! Un style à l’image de son œuvre, de cette œuvre virtuose des tensions et des émotions fortes nous plongeant dans un monde secret, exclusif, implosif, sournois voire inquiétant, avec un « Je » qui mène sur plusieurs voies et affleure en vrac des vérités violentes mais réelles. Ainsi, le niais comme l’incomplet et l’ennuyeux ne se reconnaissent pas dans l’enchaînement torrentiel des mots, plutôt on peut parler de l’originalité et de la fluidité ponctuées par une présence intrinsèque de l’auteur dans chacun de ses maux, ce qui permet au lecteur de s’inviter implicitement, parfois malgré lui, pour chercher en soi ce qui est annoncé par la bouche et sur la peau d’autrui. Une narration qui se veut lyrique dans un réalisme à la fois angoissant, passionnant et… touchant.
« Traduire un silence » n’est pas une sinécure !
Ce roman est l’histoire impossible de deux êtres… voire trois (Kahina, Tiziri et Yuba) où la conjuration ne porte que son nom factice. Semés d’embûches, la quotidienneté et les aléas de la vie sont confrontés à de multiples interdits dont, en prime, celui des gestes. «… Sur les moments fragiles, je n'ai pas prêté attention à ses mots, à l'expression de ses traits ni à ses gestes qui parlaient plus haut et plus fort que ses paroles, je me contentais de saisir le sens, mais des mois ont passé, j'en ai saisi autre chose : une présence dans son absence, des souvenirs confondus à des illusions d'optique, ils passent et se suivent comme l'ombre d'un nuage : silencieuse et frappante. Oui, on aime qui on veut mais jamais comme on veut, on a juste ce qu'on peut mais pas toujours ce qu'on veut», écrit-il dans un accès de lyrisme.
Ce roman de 286 pages est impossible à lâcher ; vachement inspiré, il s’amorce au quart de tour et s’introduit en s’amplifiant à vive allure car les situations deviennent de plus en plus oppressantes vu l’intrigue dans laquelle est plongée notre conscience. Esprits fragiles, serrez bien la couverture entre les doigts ! Le verbe recherché nous sollicite par sa voluptueuse captivité, par sa fluidité hors paire, par son innovation parfois complexe, sinon brute, parfois douce et amplement subtile. S’il se veut un roman foisonnant d’idées, c’est par l’entrelacs d’émotions intenses et variées que l’auteur les souligne, d’où cette magie qui opère et nous happe !
Il y a cette raison d’écrire nourrissant à la racine ses mots, Iris les peint sensiblement par la couleur de son verbe érudit au fin fond de son altruisme, d’où l’échange inconditionnel entre ses pensées naissantes et celles ressuscitées, entre ses menées philosophiques et celles psychologiques. Tout est, en somme, dans « Traduire un silence » éternelle renaissance, cette curieuse découverte sommeillant en soi et qui voit le jour une fois que les états d’âme sont entièrement brassés.
« Traduire un silence » est un roman à lire absolument ! Et Iris est un nom de plume à retenir vivement !
T. D. in "http://www.depechedekabylie.com" du 2 fév. 2010.
***Les mots envoûtants d'un poète sensible !
La poésie est le genre littéraire qui nous invite au rêve et à parcourir d’autres espaces, plus cléments, devant les difficultés multiples de la vie. Chibout est l’un des poètes qui sait envoûter par la force de ses mots simples et profonds. Contraint de quitter son pays, Chibout a souhaité s’établir en France, dans l’espoir de publier ses textes, dont le verbe est peint d’une littérature vulnérable aux débordements effrayants des nouveaux temps, des climats tendus guindés par une absence sensible de l’éthique. Des sociétés se bousculant, s’empressant à vivre dans les normes indolores du bien-être, tout en convoitant le confort moral. Cette quiétude de l’esprit, cette quête du bonheur, cette recherche du moi. Le poète sensible a préparé un master de Lettres Modernes à la Sorbonne. De son vrai nom Mohand-Lyazid Chibout, natif de la Kabylie, a poursuivi des études universitaires à Alger : les mathématiques, le journalisme et la littérature française. Il a exercé durant presque une année la fonction de journaliste correspondant dans un hebdomadaire francophone, puis il enseigne la langue française dans un collège et primaire à Chemini, son lieu de résidence, dans la vallée de la Soummam, wilaya de Béjaïa. Le regard rivé sur l’autre côté, et avec des yeux d’avenir, il espère voir un jour des fleurs pousser sur les épines. Dans Traduire un silence, une œuvre magique, Iris mène une réflexion philosophique sur le silence de tous et de tout. Il se livre à une sorte de psychanalyse dont le divan serait le livre en lui même et le psychanalyste le lecteur. Traduire un silence est un travail perpétuel, comme le dit l’auteur : «Seuls les morts dans leur silence de morts, peuvent apporter des affirmations. Seul le silence de la dernière demeure reste synonyme de chemins non sinueux». Ces passages et bien d’autres sont à lire, à relire, à décrypter sans cesse. « Quand je vois passer les jours - Sans rien en retour - Je me dis : “Au diable mon amour !” - Quand je vois refleurir les jours - Avec autant d’ardeur et d’amour - Je me dis : “ Le sublime est de retour ! “ - La vie n’est finalement que miroir - Dans la lumière ou dans le noir - Elle reflète ce qu’on projette - Ensemble, on se complète - Séparés, on végète », écrit l’artiste qui nous invite, dans ses écrits bien ficelés à un incommensurable voyage. Y a-t-il plus beau qu’un poème qui nous aide à aller de l’avant dans la vie ?
A. R. in "http://www.depechedekabylie.com/" du 5 août 2010.
****Se traduire, se pervertir !
« Traduire un silence » est un roman écrit d’une plume sobre et sombre et à l’ombre de tout. Il se dévoile du côté où le verbe le masque. Il est un carrefour de tous les arrimages conflictuels, renvoie à un langage visiblement taciturne en apparence mais combien loquace intérieurement car se miroitant sans vergogne dans deux âmes féminines dont Kahina et Tiziri. Ces dernières, exposées à une sorte de joute et confondues à des natures vierges, renvoient l’image de deux génisses mâtinées avant l’âge pour donner naissance à des pages fertiles et utiles. Yuba, le sujet coincé entre les deux, plonge dans l’altérité, s’expose comme il s’impose, se livre comme il s’adonne corps et âme en cherchant une signification à son existence dans la versatilité de son miroir, ce qui le conduit à une brouille durable dans ces vérités criantes que dissimule un silence. Ses angoisses permanentes et cette perpétuelle avanie avec lui-même créent une sorte de crevasse dans ses visions des choses, un dilemme dépendant à chaque fois des subterfuges de chacune d’elles. Ces êtres volages dont il est épris semblent avoir de l’esprit plus qu’elles n’en possèdent. Elles sèment ce tempérament amoureux équivoque, ces confusions de sentiments, dès lors le sujet cherche à dépasser ses adversaires potentiels par sa vaine lucidité, par cette brillance ne reflétant rien, ne le menant à rien d’où cette singularité faisant du général un particulier dont il est l’objet. « Traduire un silence » est né de ces songes visiblement réels et de ces souffrances nourrissant son quotidien ; une histoire qui attend une fin, une récompense qui n’arrivera jamais ! Etre et demeurer un non être est l’image du « moi » véhiculant un verbe butant contre l’incertitude de soi devant la complexité d’autrui. Le verbe nous récompense de toutes les illusions et désillusions vécues dans l’imaginaire d’où sa personne jugée futile par soi malgré la pondération de son verbe et l’utilité de son savoir.
A force de lire et de plonger dans cette linéarité imaginaire sans jamais toucher le fond, cela nourrit en soi des idées, des souhaits, des désirs que seul le monde imaginaire pourrait atteindre, et voilà qu’on se laisse envahir par des nuages de mots créant autour de soi des ombres et des sinuosités. L’enchaînement des faits romanesques intérieurement ressentis est captivant, le style en est pour quelque chose, il touche à cette philosophie de la vie modelant une passivité au lieu de la façonner à sa manière, il est l’ossature même de toutes ces constructions et interpénétrations devant les yeux se transposant en images sur la consolidation égalitaire de ces dernières. La vie refuse et nous prive de tant de choses, par le verbe on espère tomber dans ces apprivoisements, dans ces accoutumances nous invitant à frôler l’idéal tout en laissant perplexe sa réalité falote. Se confondre et se reconnaître dans son écriture est une chose, cela aide à s’oublier dans l’attente de toucher à tout, une sorte d’invitation dans une autre existence en zone libre s’installe en conséquence dans cette familiarité avec l’amour du verbe et dans cette dépendance d’une indépendance à deux. La vivre pleinement et autrement s’avère impossible. C’est en quelque sorte comme être polissonné par sa propre morale, celle supposée éclairer l’autre. Comme la souffrance enfante des songes, les pages blanches gobent comme elles créent des fanges, d’où ce monde auquel on souhaite y parvenir sans toutefois arriver à franchir. On vit, on encaisse. On se soumet, on se résigne. L’œil observe, la mémoire conserve. L’ombre fuit, la vie suit. Toujours dans cette complicité du « je » guidé et guidant son errance psychologique, ce dernier tombe dans l’objectivité des mots face à la subjectivité dans laquelle s’abreuve son inconscience. Dans cette compassion faisant partie de lui, il s’ouvre dans le noir, se moralise, s’assagit face aux incongruités handicapant mentalement sa présence téméraire et éphémère. C’est l’univers des maux cherchant consolation des mots. Ainsi s’annonce alors ce roman « Traduire un silence » d’Iris, nom de plume de Mohand-Lyazid Chibout, nourrissant d’espérance un manque et un vide dans l’attente d’un ultime recours et d’un intime secours.
« Traduire un silence » d’Iris. Editions Sefraber, fév. 2010. 284 pages. 18,50 €.
Iris in "http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/24701/?alt=print"
*****Titre : Traduire un silence. Auteur : Iris. Préface d’Emma Poiret. Editions Sefraber, février 2010. 284 pages. 18,50 euros.
« Pour toutes celles qui n’ont rien fait pour plaire. / Pour toutes celles qui ont tout fait pour déplaire. / Pour tous ceux qui se bercent sur les cordes des violons. / Pour tous ceux qui se cherchent sous la lueur des étoiles. / Pour tous ceux qui s’identifient à une épave blasée comme moi, comme vous, j’ai espéré… J’ai espéré tout simplement parce que vous êtes une femme et je suis un homme, de cette distinction on se rejette des responsabilités pour permettre aux rêves de faire le reste. » (P.10)
Auteur convaincu et texte convainquant un sujet sur lequel l’encre n’a cessé de couler. Le paradoxe s’affiche dans ces personnages libérés la nuit et perplexes le jour quand face à la réalité, ils se demandent de quelle nature est cette force les poussant, sans relâche, à venir se justifier devant un échec sentimental auquel se livre une âme candide.
Le verbe erre, les personnages suivent et se suivent en amoureux d’eux-mêmes, Iris dans Traduire un silence relate ce cheminement intemporel et sans fin d’une quête de soi alliant amour et goût de vivre, quiétude et inquiétude, espoir et désespoir… Kahina et Yuba, les deux personnages principaux, sèment un doute dans leur existence et oublient de mener à terme leurs objectifs et de se demander « intérieurement » les raisons d’une telle débâcle controversée allant de pair avec une désunion consommée. Seule Tiziri aux mœurs libérées en tirait profit de cette mésentente avec son entourage car elle répondait positivement, et par un consentement inconscient, à tout ce que l’œil enregistrait. Amèrement le présent s’introduisait et délicieusement sa personne encaissait.
Comme sur deux rails d’une voie ferrée, et pour éviter un quelconque croisement, chacun de son côté s’engage à échapper à tout frôlement jusqu’ici inviolable, et ce, dans l’espoir de tomber sur le concret de cette destinée schématisant une imagination féerique en rapport avec les paysages pittoresques de la Kabylie et les rues désertes d’Alger, un sort bifurquant avec la réalité, cette fatalité des méandres quotidiens peints à fresque dans la vie aux horizons bouchés, ces parcours universitaires incongrus dans un pays synarchique et anarchique suçant le sang de ses propres enfants aux bouches cousues pourtant bien pleines de causeries sérieuses, ceux-là mêmes confrontés tant de fois à un déshonorant désaveu quand aspiration et désolation se heurtent et se bousculent dans des tâches communes et pour un but distinct.
Un roman écrit avec passion se lit d’une seule traite et passionnément !
Carpediem in "http://www.critique-livre.fr/litterature/traduire-un-silence-iris"
******Chronique de Marie Barrillon
L’amour en échec...
Dans la préface réalisée par Emma Poirret nous pouvons lire, entre autre : "Iris se donne pour projet de peser le secret du silence amoureux, du silence de l’être aimé plus précisément." Nous supposons qu’il y a là de la souffrance qui s’étend, prend sa place et que l’être cherche, parfois désespérément, à comprendre car "le silence profond, insondable d’autrui nous plonge souvent dans les abîmes de l’incompréhension, nous égare dans les dédales de l’erreur, parfois." Cela dit, nous entamons cette lecture en tentant nous aussi de comprendre ce que le personnage essaie de mettre en évidence. Il n’est pas aisé de cerner une personne qui s’enferme dans le silence de ses sentiments, laissant de ce fait s’installer une multitude de doutes et /ou incompréhensions menant effectivement parfois à des erreurs de jugement.
Et lorsque l’être aimé n’est plus là pour une raison ou pour une autre, ces incompréhensions envahissent celui qui aime encore. Le faisant plonger dans une recherche assidue qui devient inévitable, voir viscérale, comme s’il n’y avait plus que cela d’important. Résultat logique et immédiat face à l’amour qui disparaît ou prend quelques distances sans raison apparente ou évidente.
En matière d’amour et/ou de rupture amoureuse, on se rend compte au fil des pages que finalement les questions sont les mêmes dans des esprits différents. Seuls ceux qui n’ont pas vécu d’échec amoureux, si tant est qu’il en existe, ne s’apercevront pas de cette évidence et pire peut-être ne pourront comprendre que "finir est bien souvent plus difficile que commencer."
L’angoisse envahissante…
L’angoisse arrive alors de ses petits pas pour nous envahir de grandes enjambées comme en terrain conquis sans avoir eu à batailler pour gagner sa place à la chaleur de nos souffrances, et il est à ne pas omettre que, "un des effets les plus redoutables de l’angoisse continuelle est la destruction de nos facultés de concentration."
Nous sommes également en présence de fortes contradictions au long de ce travail intérieur : "Ces souvenirs sont si touchants, si doux, si repoussants..." Mais, n’est-ce pas ce qui se produit lorsque l’esprit ne sait plus à quel saint se vouer. Penchant pour le désamour alors que le cœur aime encore si fort. Cherchant une porte de sortie digne, salutaire ou encore salvatrice alors que le poids du sentiment est si présent, si fort, qu’il empêche toutes actions en ce sens. Souhaitant se détourner mais voulant aimer encore en donnant une chance supplémentaire, une énième chance déjà tant de fois accordée à l’amour, car même si dans cet instant il demeure douloureux et parfois colérique, il l’est bien moins qu’un effacement, un détournement de l’être que l’on aime malgré soi : "L’âme repliée se replie sur elle-même et garde ses sentiments pour elle."
Nous ressentirons, par moment, le cœur tant blessé en appui sur des mots qui font d’un cas une généralité : "Car chaque fois que le mot "amour" est articulé, la femme prend à volonté ses distances et ses réserves, mais une fois qu’elle remarque et qu’elle sent que même cette amitié est sur le point de se rompre, vu que l’homme ne voit pas les choses de cet œil, elle court alors à la conquête de son amour et de ses amours perdues. Faut-il les qualifier de femmes prudentes, de femmes pudiques ? […] En ces moments critiques, rien n’a de valeur à leurs yeux que le désir fervent d’assouvir les caprices de leurs cœurs."
On ressent intensément la douleur de cet homme blessé au plus profond de lui. En ce passage, on peut ressentir une dévalorisation totale de la femme en son cœur, comme si elle était une éternelle capricieuse, ce qui à mon sens n’est pas le cas. Les femmes savent autant aimer que les hommes, avec tout autant d’honnêteté, de force, de volonté. Là, j’y vois un peu plus une généralité que dans le passage précédemment cité. La femme se sert tout autant de son cœur, peut-être est-elle plus discrète. Et encore j’en doute.
Description surprenante de la femme…
"Le mal qui taraude et corrode le cœur de l’homme est une jouissance à celui de la femme", là encore je ne peux être qu’en désaccord car l’inverse est tout aussi vrai. Mais, nous comprenons que cette douleur apporte de telles réactions. Nous en savons quelque chose. N’avons-nous pas vécu de tels passages de perte de soi, de repères face à l’amour insolent qui se détourne ? Bien sûr que si ! Ce qui en émane pour tout être c’est la raison et la déraison qui se frôlent de manière si claire et explicite lorsque l’on ne s’y attend pas.
Puis, au fil des pages, nous allons à la rencontre de Tiziri, une jeune fille de dix-sept ans. Nous côtoyons ses romances, ses turbulences, ses douleurs et ses questionnements intérieurs qui ont tant d’importance à cet âge.
Tiziri est la source des angoisses du narrateur, tout comme l’est le narrateur pour la jeune fille. Arriveront-ils à se comprendre ? A se parler ? A communiquer ou simplement se regarder, non seulement avec les yeux mais aussi avec le cœur ? Ou au contraire laisseront-ils entre eux les distances les éloigner encore un peu plus ?
Il est parfois, et parfois souvent, si difficile de mettre à jour ce qui se trouve dans les pensées et plus encore ce qui navigue au fond de soi, dans le cœur. Ce qui amène moult questions sans parler des angoisses perturbantes : "Si je m’interroge c’est pour trouver une réponse à mon point d’interrogation planté magistralement et magiquement dans ma conscience afin de pouvoir le raidir et le transformer en point d’exclamation." N’est-ce pas en ce sens la recherche de tout être ? Mais, il est certes difficile de trouver des réponses, surtout en amour, et surtout aussi lorsque l’on a en face de soi une personne qui s’enferme dans un mutisme quasi insondable. Les craintes sont probablement similaires de l’un à l’autre mais comme souvent la communication s’échappe, l’ampleur des angoisses s’amplifie et le silence prend place. Et même si "d’un moment à un autre, on change de face et d’humeur", il en demeure pas moins que, "on est seul avec son âme comme l’est la nature avec son silence." Toujours est-il que cela n’apporte pas le dialogue. L’effort doit se faire de part et d’autre. Les réponses aux diverses questions viendront à partir de ce moment pour le moins crucial.
Un cas pour une généralité : Souvent le résultat d’une rupture amoureuse
Cependant, nous remarquerons une fois encore que l’image de la femme n’est pas vraiment dépeinte de manière glorieuse : "Les fumeuses trouvent moins de plaisir en amour, elles jouissent moins car l’effet de la cigarette sur les hormones est néfaste. Elle fripe et la santé et le reste." Et pour les hommes, qu’en est-il donc ? Aucune statistique ne met en avant une telle affirmation. Je me permettrais un écart, une fois n’est certes pas coutume car je suis une femme et fumeuse effectivement. Et je constate cependant que bien des femmes (fumeuses) ne font pas leur âge, je précise en cela qu’on leur donne quelques années de moins, et pour le reste, en ce qui me concerne, je me sens tout à fait épanouie et sans problème aucun avec mes jouissances.
Si nous suivions le raisonnement de cet extrait, nous en déduirions que si les femmes ne fumaient pas, elles seraient donc à la limite de la nymphomanie ou en tout cas dans une extase extrême au moment "d’aimer". Est-ce le cas des femmes non fumeuses ? Je m’interroge.
Toujours concernant les femmes : "J’admire sa beauté mais je crains son esprit, ce foyer des dépassements"[…] "Je n’ai rien compris à ce jeu. Si je le qualifie de jeu, c’est parce que j’ai toujours considéré les égarements des femmes comme tels. Elles jouent, tombent victimes et cherchent alors refuge" […] "C’est ainsi les filles dans leurs ruses, elles ravivent le doute pour pimenter le jeu et y trouvent du goût". Faire d’un cas une généralité comme présentement ici est souvent le résultat de profondes douleurs qui amènent également à ce genre d’amalgame, pas toujours très bien perçu, comme encore par exemple : "Ainsi est la femme, on ne voit que "elle", on espère que "elle", on l’idéalise. Elle devient alors inaccessible, impossible et c’est elle la source de nos souffrances" […] "A mon sens, on ne provoque pas n’importe qu’elle fille dans la rue que si celle-ci a une mauvaise réputation" […]" Dire que le caractère féminin est un sacré foyer de mensonges".
Plusieurs exemples de ce genre ne nous glorifient pas, nous les femmes, c’est le moins qu’on puisse dire. Les hommes en ce sens seraient-ils ou plutôt se croiraient-ils supérieurs à ce point ? Je préfère rester sur mon impression première qui me laisse à penser que seule une souffrance trop importante peut amener l’être à de telles conclusions concernant le sexe opposé car dans le cas inverse ceci est également valable.
Marie BARRILLON
*******Une oeuvre porteuse de profondeur
C’est un livre qui cherche la signification de l’existence que vient d’écrire Iris (nom d’auteur de Lyazid Chibout) ; le roman sert souvent de support aux quêtes multiples de l’homme. Publié en France aux éditions Sefraber, «Traduire un silence» est une œuvre porteuse de profondeur et de signes annonciateurs de livres à venir. Deux âmes féminines, Kahina et Tiziri servent de miroir pour donner à voir l’avancée des jours, le temps qui s’enfuit. La vie paraît parfois étrange à ceux qui prennent du recul pour analyser le déferlement ininterrompu des événements. « Le roman se nourrit d’un manque », estime Iris. Passager sur terre, l’homme va de pérégrination en pérégrination avant de se demander si tout cela n’est pas vain ; l’amour diminue un tant soit peu l’absurdité du monde mais il n’est pas toujours éternel ; l’amour véritable est souvent difficile à trouver.
Il est question dans « Traduire un silence » d’angoisses permanentes, de recherche éperdue d’amour. Ce texte de fiction n’a pas de fin, selon son auteur ; les mots butent contre l’incertitude de soi et la complexité de l’autre. La présence de l’autre n’est pas toujours amicale quand on ne tente pas de se comprendre ; quand la tolérance et le dialogue sont absents.
Ce livre se nourrit ainsi d’un certain manque mais il n’est pas dénué d’espoir. « La vie nous prive de tant de choses, par le verbe on espère tomber dans ces apprivoisements, ces accoutumances nous invitant à frôler l’idéal tout en laissant perplexe sa réalité falote, car écrire est une chose et vivre autrement en est une autre », souligne Iris. Les maux font souvent naître les mots ; le verbe peut parfois apporter une forme de consolation. On s’en rend compte en lisant « Traduire un silence ».
« Toute ouverture dans le sens à nous enrichir est la bienvenue. La diversité a toujours apporté des points positifs. S’ouvrir et se laisser découvrir permettent à l’esprit de franchir les barrières jalonnées par l’interdit et aussi s’armer face à la philosophie de la vie », confie Iris. Né dans la région de Chemini, pas loin de cette fertile vallée de la Soummam, Lyazid Chibout estime que l’identité a un visage et un nom ; l’identité est pour lui concrète.
Avec un œil observateur, l’écrivain raconte des errances psychologiques que les interminables métamorphoses de l’époque moderne n’arrêtent pas de générer. Iris écrit quand il tombe en compassion avec lui-même ; ses créations font partie de lui, s’ouvrent dans le noir des jours ordinaires tout en recherchant la lumière.
« Traduire un silence » d’Iris. Editions Sefraber.
Y. Z. in "TSA" 04 déc. 2010
********Iris : « Il faut en finir avec la science infuse ! »
La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis natif d’Ait-Soula, mon village, dans la localité de Chemini à Vgayet, en Kabylie. Contraint de quitter mon pays pour la simple raison que mon verbe étouffant se sentait étouffé après de moult contacts avec des maisons d’éditions locales alléguant qu’il ne répondait pas à l’esprit de leurs maisons , d’où cet envol téméraire en sachant que la tentation de mes ailes n’était qu’à ses débuts. J’ai fait des mathématiques, du journalisme et de la littérature française à Alger et aussi j’ai parfait mes études de lettres modernes à l’université Sophia Antipolis de Nice et à la Sorbonne Nouvelle de Paris.
Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
L’idée d’écrire germait en moi déjà depuis mon adolescence et s’enracinait au fil des années qui passaient, d’où cette passion tenace accompagnant cette angoisse crispante du vide, celle de se retrouver devant des pages blanches et attendre le déclic pour permettre ainsi aux envolées lyriques de tomber en communion avec cet autre espace gobeur, plus cohérent et plus clément. Je me souviens des propos de mon père quand il répétait de dire que l’écriture est un long chemin sans fin et une couleur sans apparence qui récompensent tardivement son auteur… C’est maintenant que j’en prends réellement conscience de cette allégorie, si j’ose l’interpréter de la sorte. Je conçois à présent combien le parcours est tortueux, lugubre et d’une saveur qualifiée d’alléchante et de son contraire. L’écriture, elle est cette chose fausse qu’on croit vraie, comme elle est cette vérité qu’on nourrit de fausseté. Elle est un monde noir dans lequel s’enracinent nos idées en nous limitant à vivre dans l’absolu sans toutefois parvenir à saisir le bon sens du mauvais. Chicaner sur des mots, en galvauder pour choisir un au détriment de l’autre, c’est tenir une lanterne à la main au milieu d’un brouillard épais, la vision limitée et les pensées déchantées, pulvérisées. L’écriture est en quelque sorte comme viser l’idéal et ne jamais se satisfaire de l’incomplet, c’est ce qui nourrit son charme et pousse à persévérer dans cette irrigation sans fin et dans cette contagion sans frein des mots. La curiosité attire comme attire une lumière, cet espoir, cette ouverture au bout d’un tunnel.
Voulez-vous nous présenter cette fiction ?
Dire qu’elle est une fiction, non ! Plutôt il est un roman peint d’une réalité voilée renvoyant un certain reflet à l’image d’une ombre chinoise dans laquelle toute âme s’identifie et se reconnaît ! Le verbe que je véhicule ne frôle point la couleur commerciale… Toucher à l’universel, sans mettre des œillères à ses visions, est, je pense, le moyen de faire transcender les barrières et les jougs infranchissables. « Traduire un silence » est qualifié plutôt de roman psychologique vu l’incertitude de l’être mise d’une manière ou flagrante ou timide dans chacun de ses mots et dans laquelle le point d’interrogation est planté. Le roman parle d’une certaine histoire d’amour particulière à laquelle se livre une âme sensible et d’une manière platonique face à un être renvoyant à chaque fois une dualité de sa personne voire une duplicité de sa personne, toujours la même mais à chaque fois différente. Le « moi » impliqué est celui qui se traduit en vagabondant le pas et en se heurtant maintes fois aux aléas de la vie. La vie sociale et politique était aussi évoquée puisque on n’a pas un cœur d’airain pour ne rien ressentir face à ces oligarques pratiquant la politique de l’autruche sans être conscients de leurs responsabilités. Elle est passée où notre culture, cette tamazight tétée aux seins de nos ancêtres… Tout ce qui a été et mal fait n’est qu’un os jeté pour nous calmer. Feindre d’accepter n’est que simulacre…
Pourquoi ce titre poétique « Traduire un silence » ?
Le titre en dit long, en dénote beaucoup de choses. Il est une métaphore irisée. Se traduire a une sorte de ressenti équivoque, tantôt fidèle à soi, tantôt trahi par soi au vu et au su de tous ses mots témoins. Le silence, il est ce tambour de mots à la fois assommants et dissonants qui tombent, en chœur, dans la matrice du cœur. Se laisser guider par son verbe a une certaine signification, unique pour soi et multiple pour autrui.
Y a-t-il une part autobiographique ?
Vous savez, il y a toujours une part de soi qui est traduite sur papier, même si d’une part cela nous trahit, cela nous avilit, cela nous aigrit mais de l’autre elle nous guérit car le verbe qui accompagne toute cette écriture nous place et nous classe dans cette catégorie appelée littérature lyrique véhiculant un « moi » hanté de désespoir et porteur d’espoir.
Vous vivez loin de l’Algérie. Selon vous, y a-t-il un lien entre l’exil et l’écriture ?
Mener une vie secondaire sous l’égide d’autres cieux, c’est porter la carapace d’une tortue, elle seule sait du comment elle la porte au pourquoi elle la supporte. Et le temps ne fait que drainer le sang des veines car vivre son exil en parlant de la proximité des lieues et dans l’exil en parlant de la promiscuité des mots a un rapport, certes, mais l’inspiration diffère sur tous les plans. Les soucis et l’incertain sont des paramètres qui entravent la plume en sentant sa personne loin des siens. Il faut signaler qu’on est vraiment mieux servi que par soi-même et chez soi. Je ne dirai pas que tout est oasis chez nous mais une part de sa conscience vit tout de même sa quiétude. L’exil ronge avec degrés ce que dévore le chez soi d’un coup… Je préfère ce dernier, en somme.
Quels auteurs vous influencent le plus ?
Je suis toujours inspiré par tout verbe frappant, captivant car j’ai toujours lu entre les lignes et avec des arrière-pensées. Cela m’a permis de saisir l’insaisissable et de goûter à l’insatiable. La littérature n’a pas de couleur, elle est transparente, universelle à l’image d’une musique ou d’un air libre frôlant tout et touchant à tout !
Avez-vous des projets en chantier ?
Des projets, oui. Bientôt sera disponible mon deuxième roman « Amoureux-nés » chez Edilvre.com. Aussi j’ai un manuscrit en chantier qui aura pour titre « La Finitude ». J’écris toujours quand l’inspiration me happe et vient inopinément me harceler la conscience en décadence en réclamant en retour une hygiène morale, une purification répondant aux mots bien choisis et pour à la fin se sentir soulagé en se débarrassant du fardeau bien pesant.
Quel est votre dernier mot ?
Le dernier mot n’existe pas, son début, oui ! Que dire ? Qu’espérer ? Que notre pays retrouve sa paix intérieure pour que l’équité et tout autre équilibre social règnent à jamais dans les cœurs des gens ! Fomenter dans l’ombre a toujours donné des êtres de l’ombre auxquels on s’est affronté et on n’est plus dans l’ère de la science infuse ! Il est temps de joindre le geste à la parole et en finir avec toutes ces momeries contredisant à chaque fois l’action. Il est temps et urgent de mettre le holà à tous ces dépassements exorbitants plongeant la société dans le néant sans savoir à quel saint se vouer, sauf à son destin calamiteux ! La politique hasardée par ce régime est désastreuse ! Ont-ils vraiment conscience de ce qui les entoure et de nous qui clamons notre désarroi ? Le silence trahit et nous trahira tant qu’on applaudit nos torts !
Interview réalisée par T.D.